Alger a été mise à nu sur l’échiquier international.

Depuis sa création en 1962, l’Algérie a construit une partie de sa politique étrangère autour d’un positionnement idéologique présenté comme principe fondateur : le soutien aux mouvements dits de « libération » et terroriste. Pourtant, plus de soixante ans après, cette diplomatie semble aujourd’hui confrontée à ses propres limites stratégiques.

Ruptures successives avec plusieurs partenaires, tensions répétées avec des pays européens, crispations avec les Émirats arabes unis, refroidissement avec la France, crise prolongée avec l’Espagne… L’Algérie donne l’image d’un acteur régional souvent en confrontation plutôt qu’en construction d’alliances durables.

Dans ce contexte, le dossier du Sahara constitue le cœur de cette stratégie extérieure — et probablement son principal point de fragilité.

Madrid : un révélateur plus qu’un événement

La récente séquence diplomatique tenue à Madrid n’a pas été une simple réunion supplémentaire. Elle a agi comme un révélateur d’un nouvel équilibre.

Sous une implication américaine renforcée, les discussions ont été clairement orientées vers un cadre défini : la Résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui qualifie le plan d’autonomie marocain de base « sérieuse et crédible » pour une solution politique.

Ce cadrage change la nature du débat.

Au lieu d’un affrontement rhétorique sur des principes abstraits, la réunion a pris une dimension technique. Le ministre marocain des Affaires étrangères a présenté une version détaillée du plan d’autonomie, élargie et structurée autour des aspects institutionnels, fiscaux, judiciaires et sécuritaires.

La discussion ne portait plus sur « faut-il une autonomie », mais sur « comment elle fonctionnerait ».

C’est un déplacement stratégique majeur.

L’Algérie face à un isolement progressif

Pendant des années, Alger a évité d’être considérée comme partie prenante directe du conflit. Aujourd’hui, la pression internationale réduit cet espace de manœuvre.

L’alignement progressif de puissances occidentales sur la proposition marocaine, combiné à l’implication plus affirmée de Washington, place l’Algérie dans une position diplomatique inconfortable.

Le refus d’apparaître dans une image symbolique commune à Madrid illustre cette prudence. Il traduit moins une posture de force qu’une difficulté à gérer l’impact interne d’un éventuel repositionnement.

Car le dilemme est clair :

  • maintenir une ligne rigide au risque d’un isolement accru,
  • ou adapter le discours à une réalité diplomatique qui évolue.

Une diplomatie de confrontation ou de construction ?

Au-delà du Sahara, la question qui se pose est plus large : quelle est la finalité stratégique de la diplomatie algérienne ?

La rupture récente de la convention bilatérale sur les services aériens avec les Émirats arabes unis, les tensions récurrentes avec Paris, les épisodes conflictuels avec Madrid, ainsi que les crispations régionales, donnent l’image d’une politique extérieure réactive, souvent défensive.

Cette approche soulève une question centrale : dans un contexte où l’Afrique cherche à accélérer son intégration économique, à attirer des investissements massifs et à consolider des partenariats stratégiques durables, une diplomatie dominée par la confrontation peut-elle réellement servir le développement régional ?

Le risque est double.

D’une part, l’accumulation de tensions diplomatiques fragilise la prévisibilité stratégique du pays concerné, élément essentiel pour les investisseurs internationaux et les partenaires économiques. La stabilité des engagements extérieurs constitue aujourd’hui un facteur déterminant dans la compétition géoéconomique africaine.

D’autre part, une posture perçue comme rigide ou conflictuelle peut limiter la capacité d’influence continentale, à un moment où l’Afrique du Nord pourrait jouer un rôle moteur dans la construction d’un espace maghrébin intégré et dans la consolidation des dynamiques africaines.

Dans une période marquée par la transition énergétique, la redéfinition des chaînes d’approvisionnement mondiales et l’émergence de nouveaux pôles d’influence, les États qui privilégient l’ouverture, la diversification des alliances et la diplomatie économique structurée semblent mieux positionnés pour capter les opportunités de croissance.

Cette divergence de méthode est aujourd’hui visible.

Le réalisme politique contre l’immobilisme

La dynamique actuelle semble privilégier le réalisme politique plutôt que l’idéologie figée.

Le plan d’autonomie marocain, soutenu par plusieurs acteurs internationaux, s’inscrit dans une logique de gestion concrète, institutionnelle et évolutive.

En face, l’Algérie reste attachée à une grille de lecture héritée d’un contexte géopolitique différent, celui des années 1970.

Or le monde a changé.

Les priorités internationales sont désormais centrées sur :

  • la stabilité régionale,
  • la sécurité,
  • la coopération économique,
  • la gestion des flux migratoires,
  • la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Dans ce nouvel environnement, la rigidité diplomatique devient un coût stratégique.

Un tournant historique ?

La séquence madrilène ne règle pas le conflit.
Mais elle marque un tournant méthodologique.

Le débat quitte progressivement le terrain symbolique pour entrer dans celui des mécanismes concrets. Et dans cette phase technique, la proposition marocaine apparaît structurée et prête à être discutée.

L’Algérie, elle, se retrouve face à une équation délicate : adapter sa posture à une nouvelle réalité diplomatique ou risquer de voir son influence régionale s’éroder davantage.

L’histoire jugera si Madrid aura été un simple épisode ou le début d’un basculement stratégique dans l’équilibre maghrébin.

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One thought on “Alger a été mise à nu sur l’échiquier international.

  1. Analyse systémique qui s’adonne avec réalisme aux problématiques politiques qu’affrontent notre pays !! La réalité est là le sahara est marocain c’est ce qui dégage de votre analyse bravo pour l’écrit !!!

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