Sahara marocain : les négociations de Madrid sous leadership américain vues par la presse espagnole

Par Machij El Karkri Analyste politique

Le dossier du Sahara marocain est entré dans une nouvelle phase diplomatique après l’adoption de la Résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, le 31 octobre 2025. Ce texte a consacré un tournant international en qualifiant l’initiative marocaine d’autonomie de solution « sérieuse et crédible », ouvrant la voie à une séquence plus structurée et politiquement assumée.

Dans ce contexte, la tenue d’une première réunion quadripartite à l’ambassade des États-Unis à Madrid (Maroc, Algérie, Polisario, Mauritanie) marque un changement de méthode : le passage d’une gestion onusienne classique à une dynamique de pilotage plus direct par Washington.

De la gestion du conflit à la recherche d’un dénouement

Selon plusieurs sources diplomatiques, les États-Unis, en tant que « penholder » au Conseil de sécurité, ont clairement affiché leur volonté de dépasser la simple gestion du différend pour favoriser une issue politique. La consolidation progressive des soutiens internationaux au plan d’autonomie marocain, ainsi que les enjeux de stabilité en Afrique du Nord et au Sahel, expliquent cette implication renforcée.

La réunion de Madrid s’inscrit dans cette logique. Elle aurait permis, selon les observateurs, d’installer un cadre plus technique que doctrinal, centré sur les modalités concrètes d’une mise en œuvre plutôt que sur le débat de principe.

Pourquoi l’ambassade américaine à Madrid ?

Le choix de l’ambassade américaine comme lieu de la rencontre n’est pas anodin. En droit diplomatique, une ambassade constitue juridiquement un espace relevant de l’État qu’elle représente. Cette configuration offre à Washington un contrôle total sur l’environnement de négociation, tout en impliquant l’Espagne sans lui conférer un rôle formel de médiateur.

Ce choix traduit aussi une volonté de discrétion maximale, loin des cadres institutionnels onusiens traditionnellement exposés à la pression médiatique et aux dynamiques multilatérales.

L’Espagne : d’acteur concerné à facilitateur logistique

Ancienne puissance administrante du territoire, l’Espagne conserve une sensibilité particulière sur ce dossier, qui touche à la fois à sa politique intérieure et à son positionnement européen. Le soutien exprimé par Madrid au plan d’autonomie a marqué un tournant stratégique dans son approche.

Lors de la réunion du 6 février 2026, le rôle espagnol s’est limité, selon les informations disponibles, à :

  • Assurer un soutien logistique à la tenue des discussions
  • Recevoir séparément des responsables algériens et mauritaniens dans une logique d’apaisement
  • Appuyer les efforts du Secrétaire général de l’ONU et de son envoyé personnel

La presse espagnole a d’ailleurs souligné que Madrid n’était plus au centre de la manœuvre diplomatique, celle-ci étant clairement conduite par Washington.

Un document marocain élargi au cœur des discussions

D’après plusieurs sources relayées par la presse ibérique, la délégation marocaine aurait présenté une version détaillée et élargie du plan d’autonomie, structurée autour de dimensions institutionnelles, administratives et sectorielles.

L’objectif affiché serait de déplacer la discussion vers des paramètres techniques : architecture institutionnelle, fiscalité locale, justice régionale, sécurité et gouvernance territoriale.

Cette approche aurait contribué à transformer l’échange en séance de travail structurée plutôt qu’en confrontation idéologique.

Comment la presse espagnole a interprété la séquence

Les principaux médias espagnols ont analysé cette réunion comme un moment charnière.

  • El Confidencial a mis en avant la densité du document marocain et souligné l’implication américaine, évoquant une diplomatie de pression visant à accélérer le processus.
  • El País a insisté sur l’extrême discrétion entourant les discussions, parlant d’un « silence diplomatique » et notant le rôle secondaire de l’Espagne.
  • El Independiente a relevé la participation algérienne comme un fait politique en soi, compte tenu de la posture traditionnelle d’Alger.
  • El Mundo a replacé la séquence dans une lecture géopolitique plus large, en lien avec les enjeux énergétiques et sécuritaires en Afrique du Nord.

Dans l’ensemble, la presse espagnole converge vers une lecture commune : Madrid a servi de plateforme, mais la direction politique du processus est désormais assumée par Washington.

Un changement de méthode plus qu’un simple rendez-vous diplomatique

Au-delà des postures publiques, la réunion de Madrid semble marquer une inflexion stratégique. Le dossier du Sahara marocain évoluerait vers une phase davantage technique, structurée autour de paramètres institutionnels précis et encadrée par une pression diplomatique accrue.

Dans cette configuration, l’Espagne apparaît comme facilitateur logistique et partenaire européen mobilisé, tandis que les États-Unis assument un rôle central de coordination.

La séquence madrilène n’a pas clos le dossier. Elle a cependant clarifié les rapports de force et installé un nouveau cadre de travail, dans lequel la dynamique internationale semble désormais orientée vers une solution politique structurée autour du plan d’autonomie.

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