
La Tunisie s’apprête à revoir en profondeur sa loi sur l’investissement. Présentée comme une réforme structurante du modèle de développement, l’initiative portée par le gouvernement entend relancer l’attractivité économique du pays. Sa portée effective dépendra toutefois de sa capacité à lever les blocages persistants qui pèsent sur le climat des affaires.
La cheffe du gouvernement tunisien, Sarra Zaafrani Zenzri, a présidé mercredi 31 décembre 2025, au Palais du Gouvernement à la Kasbah, un Conseil ministériel restreint consacré à la révision de la loi sur l’investissement. Selon un communiqué officiel, ce projet s’inscrit dans les orientations stratégiques de l’État, en cohérence avec la vision du président Kaïs Saïed, visant l’instauration d’un nouveau modèle de développement fondé sur la justice sociale, l’équité et un développement régional équilibré.
Dans son intervention, la cheffe du gouvernement a rappelé que l’investissement constitue un levier central de croissance, de création d’emplois et de compétitivité économique. Elle a toutefois reconnu que, malgré les réformes introduites par la loi n°71 de 2016, le dispositif actuel « nécessite encore des améliorations » pour atteindre les objectifs fixés par la politique nationale.
Un constat implicite d’échec partiel
Cet aveu implicite souligne les limites d’un cadre juridique qui, en dépit de multiples ajustements, n’est pas parvenu à enrayer la baisse de l’investissement privé ni à restaurer durablement la confiance des opérateurs économiques. Depuis plusieurs années, les flux d’investissement demeurent freinés par des lourdeurs administratives, une instabilité réglementaire et des incertitudes institutionnelles régulièrement dénoncées par les acteurs du secteur.
Le nouveau projet de loi ambitionne de simplifier les procédures, de faciliter la création et le développement des entreprises et d’orienter les flux d’investissement vers les secteurs jugés prioritaires. Parmi les objectifs affichés figurent l’accroissement de la valeur ajoutée nationale, le renforcement du potentiel exportateur et technologique, la création d’emplois décents, le développement des compétences des jeunes et le respect des équilibres environnementaux et territoriaux.
Cette accumulation d’objectifs, largement consensuels dans le discours public, pose néanmoins la question de leur hiérarchisation et de leur traduction concrète dans un contexte budgétaire et institutionnel contraint.
Numérisation et guichet unique : promesses récurrentes
Présenté comme une réforme structurelle, le texte entend unifier le cadre législatif de l’investissement, numériser intégralement le parcours de l’investisseur, revoir le système d’incitations et instaurer une plateforme nationale ainsi qu’un guichet unique.
Le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelfattah, a assuré que le projet s’inspire des meilleures pratiques internationales et vise à renforcer l’attractivité de la Tunisie pour les investisseurs tunisiens et étrangers.
Reste toutefois à déterminer si ces outils, déjà évoqués dans de précédentes réformes, suffiront à compenser les freins structurels persistants. Sans clarification du cadre institutionnel, stabilité réglementaire et amélioration effective de la gouvernance administrative, la révision de la loi sur l’investissement risque de se heurter, une fois encore, à l’écart entre ambition affichée et mise en œuvre concrète.
