Affaire du « Kremlin de Bouskoura » : de nouvelles mesures administratives relancent les interrogations sur les conditions de la démolition

Près d’un an après la démolition du Palais de l’hospitalité de Bouskoura, son propriétaire, Hassan Harir, souhaite que les documents administratifs ayant accompagné la réalisation de son projet hôtelier et les conditions de sa destruction soient réexaminés. Un investissement qu’il estime à 190 millions de dirhams, des documents fonciers et architecturaux datant de 2020 et 2021 et de nouvelles mesures administratives dans la province de Nouaceur replacent cette affaire au centre de l’attention.

À Bouskoura, l’affaire du Palais de l’hospitalité, connu sous le surnom médiatique de « Kremlin », connaît un nouveau développement. Démoli en novembre 2025, ce palais, conçu dans le cadre d’un ambitieux projet hôtelier associant hébergement et activités équestres, revient aujourd’hui dans l’actualité à la faveur de nouvelles informations concernant la gestion des dossiers d’urbanisme dans la province de Nouaceur.

Selon les informations relayées ces derniers jours, le chef du service de l’urbanisme à la préfecture de Nouaceur aurait été relevé de ses fonctions. Cette mesure intervient après d’autres décisions administratives ayant notamment concerné le pacha de la région, dans le contexte des inspections menées par l’Inspection générale de l’administration territoriale, relevant du ministère de l’Intérieur.

Ces inspections auraient porté sur plusieurs dossiers liés à la gestion de l’urbanisme dans la province, parmi lesquels celui du Palais de l’hospitalité de Bouskoura. Les informations disponibles évoquent notamment des interrogations sur les procédures ayant accompagné la réalisation du projet et sur les conditions dans lesquelles sa démolition a été décidée et exécutée.

Pour Hassan Harir, l’enjeu est désormais de permettre un examen approfondi de l’ensemble du dossier. Le propriétaire souhaite que les documents présentés au cours des différentes étapes du projet soient étudiés parallèlement aux décisions administratives qui ont conduit à la démolition.

Il convient toutefois de préciser que le rapport complet de l’Inspection générale de l’administration territoriale n’a pas été rendu public. Il n’est donc pas possible, à ce stade, de confirmer l’ensemble des conclusions qui lui sont attribuées ni de déterminer précisément les responsabilités éventuelles.

Un investissement de 190 millions de dirhams porté par une ambition hôtelière

Derrière le surnom de « Kremlin de Bouskoura » se trouvait un projet que son propriétaire présente comme un investissement hôtelier de grande envergure.

Sur un terrain d’environ 15 000 mètres carrés, Hassan Harir affirme avoir engagé près de 19 milliards de centimes, soit 190 millions de dirhams, pour la réalisation du Palais de l’hospitalité.

Le projet devait associer une activité hôtelière à un espace consacré aux chevaux arabes, à leur élevage et à leur présentation. Il avait également vocation, selon son promoteur, à attirer une clientèle internationale, notamment des professionnels et des visiteurs en provenance des pays du Golfe.

Les travaux se seraient étalés sur près de six ans. Hassan Harir affirme que le palais était pratiquement achevé et que son ouverture était prévue 25 jours après l’intervention des autorités ayant conduit à sa démolition.

Au-delà de la perte matérielle et financière qu’il affirme avoir subie, le propriétaire souhaite aujourd’hui comprendre les circonstances administratives et juridiques qui ont conduit à une issue aussi radicale pour un projet dans lequel il dit avoir investi plusieurs années de travail et des moyens financiers considérables.

Des documents fonciers et architecturaux présentés par le propriétaire

Dans le cadre de ses échanges avec Hassan Harir, la rédaction a pu consulter plusieurs documents relatifs au terrain et au dossier architectural du projet.

Parmi les pièces présentées figure un certificat de propriété délivré le 20 janvier 2020 par l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie. Il concerne le titre foncier n° 63/153523 et porte sur un terrain d’une superficie d’un hectare et demi.

Le dossier comprend également une page du dossier architectural portant la signature de l’architecte, datée du 29 juillet 2021, ainsi qu’un visa de conformité de l’Agence urbaine daté du 28 juillet de la même année. Le document comporte en outre la signature du président de la commune de Bouskoura de l’époque, apposée le 6 août 2021, sous la référence GUbsk-0245/2021.

Ces documents constituent des éléments importants pour reconstituer le parcours foncier et architectural du projet. Ils témoignent de démarches administratives et d’interventions institutionnelles à différentes étapes de sa préparation.

Pour Hassan Harir, ces pièces doivent précisément être prises en considération dans le cadre d’un réexamen global du dossier, afin que les différentes étapes administratives soient appréciées à partir des documents disponibles.

Hassan Harir : « Je n’aurais pas engagé un projet de cette envergure sans les autorisations nécessaires »

Dans une déclaration accordée à la rédaction, Hassan Harir affirme avoir engagé son projet en suivant les démarches administratives nécessaires et en s’appuyant sur les documents qu’il dit avoir obtenus auprès des services compétents.

Il évoque plusieurs échanges avec les autorités et rappelle que des plans et documents portant des visas administratifs ont été établis en 2021.

Le propriétaire soutient qu’il n’aurait pas engagé un investissement de cette importance sans disposer, selon ses déclarations, des documents et autorisations nécessaires.

Sa demande porte aujourd’hui sur un examen complet des pièces ayant accompagné la réalisation du projet, mais également sur les décisions et les procédures qui ont conduit à sa démolition.

Cette démarche soulève une question centrale : les documents présentés par le propriétaire, les autorisations délivrées au cours du projet et les décisions prises ultérieurement par les autorités ont-ils été examinés dans leur ensemble avant l’intervention ayant conduit à la destruction du palais ?

C’est notamment sur ce point que Hassan Harir souhaite obtenir des éclaircissements.

Le suivi architectural, un élément à examiner dans le dossier

Le parcours de l’architecte ayant participé aux premières étapes du projet constitue également un élément du dossier qui mérite d’être documenté.

Les pièces consultées attestent de son intervention dans la préparation du dossier architectural en 2021. Des informations publiées à propos de cette affaire indiquent qu’il aurait cessé de suivre les travaux en juin 2022, après avoir signalé des différences entre les travaux réalisés et les plans initialement approuvés.

Une attestation faisant état de l’arrêt de sa mission a également été évoquée dans les informations relatives au dossier. Les circonstances exactes de cette évolution, la date de formalisation de la fin de sa mission et ses conséquences sur le suivi technique du chantier méritent d’être précisées.

La version de l’architecte concerné et l’examen des documents relatifs à sa mission permettraient de mieux comprendre cette étape du projet, sans tirer de conclusions anticipées sur les responsabilités des différents intervenants.

Les conditions de la démolition au centre des interrogations

Au-delà de la question des autorisations ayant accompagné la réalisation du palais, les conditions de sa démolition constituent un autre volet essentiel de l’affaire.

La loi marocaine n° 12.90 relative à l’urbanisme, modifiée et complétée notamment par la loi n° 66.12, encadre les mécanismes de constatation des infractions, l’établissement des procès-verbaux et les mesures pouvant être prises à l’encontre des constructions concernées.

Les articles 65 à 68, ainsi que l’article 70, prévoient différentes procédures relatives au contrôle des travaux, à la constatation des infractions, à leur éventuelle régularisation et à la démolition dans les cas définis par la loi.

Dans ce contexte, l’examen du dossier nécessite de confronter les autorisations initiales et modificatives aux travaux effectivement réalisés. Il suppose également de consulter les décisions administratives, les procès-verbaux et les fondements juridiques ayant conduit à la démolition.

La question n’est donc pas uniquement de savoir quels documents ont accompagné la construction du palais, mais aussi de déterminer si toutes les étapes de la procédure ayant conduit à sa destruction ont respecté les garanties prévues par la réglementation.

Les nouvelles informations concernant les mesures administratives dans la province de Nouaceur donnent une actualité particulière à cette affaire. Elles interviennent alors que plusieurs interrogations demeurent sur le parcours administratif du Palais de l’hospitalité et sur les conditions de sa démolition.

Pour le propriétaire, l’essentiel est désormais que l’ensemble des éléments soit examiné : le titre foncier, les documents architecturaux, les visas administratifs, les autorisations éventuellement délivrées, le suivi des travaux et les décisions ayant conduit à la démolition.

La publication des conclusions complètes de l’Inspection générale de l’administration territoriale, ainsi que l’accès aux documents administratifs et judiciaires relatifs au dossier, permettraient d’apporter des réponses plus précises et de distinguer les éventuelles irrégularités liées à la réalisation du projet de celles qui pourraient concerner la procédure de démolition.

À ce stade, les éléments disponibles ne permettent pas de tirer une conclusion définitive sur les responsabilités des différents intervenants. Mais une chose demeure au cœur de la démarche de Hassan Harir : obtenir un examen complet et transparent d’un projet dans lequel il affirme avoir engagé un investissement considérable et plusieurs années de travail.

L’enjeu dépasse ainsi le seul sort du Palais de l’hospitalité de Bouskoura. Il concerne également la transparence des procédures administratives, la sécurité juridique des investissements et le respect des garanties légales lorsqu’une décision de démolition est mise en œuvre.

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