
La 26ᵉ édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira a une nouvelle fois confirmé son statut de rendez-vous incontournable des cultures du monde. Cette année, l’événement a particulièrement mis en lumière la place grandissante des femmes dans l’univers de la musique gnaoua et des musiques traditionnelles africaines, illustrant une évolution remarquable d’un patrimoine longtemps dominé par les hommes.
Reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le gnaoua continue de se réinventer à travers de nouvelles générations d’artistes qui enrichissent cette tradition ancestrale tout en préservant son authenticité. Sur les scènes d’Essaouira, plusieurs artistes féminines ont démontré que la musique constitue également un espace d’expression, de transmission et d’émancipation.
Kya Loum, une voix engagée venue du Sénégal

La chanteuse sénégalaise Kya Loum a séduit le public grâce à un univers musical mêlant soul, blues, jazz et influences africaines. Interprétant ses chansons en plusieurs langues, l’artiste utilise sa musique pour transmettre des messages de liberté, de dignité et d’émancipation.
À travers ses textes et ses prestations, elle porte notamment la voix de nombreuses femmes africaines confrontées à des défis sociaux et culturels, tout en célébrant leur force et leur résilience.
Abir El Abed, entre héritage andalou et affirmation artistique

Originaire de Tanger, la chanteuse marocaine Abir El Abed a marqué cette édition par son authenticité et sa personnalité affirmée. Défendant une approche libre de la création artistique, elle s’inscrit dans une nouvelle génération de femmes qui investissent des répertoires historiquement dominés par les hommes.
À travers son parcours, elle contribue à faire évoluer les perceptions tout en valorisant l’héritage musical marocain, notamment la musique andalouse, dont elle est l’une des interprètes reconnues.
Rokia Koné, la voix du Mali et des droits des femmes

Surnommée « La Rose de Bamako », Rokia Koné figure parmi les artistes africaines les plus influentes de sa génération. Héritière de la tradition des griots, elle puise dans ses racines mandingues pour construire une œuvre musicale ouverte sur le monde.
Son engagement en faveur de l’éducation, de l’égalité des genres et de la lutte contre les violences faites aux femmes occupe une place centrale dans son répertoire. À Essaouira, sa présence a illustré la richesse des échanges culturels entre les différentes traditions musicales africaines.
Asmaa Hamzaoui, pionnière du gnaoua au féminin

Parmi les figures les plus marquantes du festival, Asmaa Hamzaoui incarne à elle seule l’évolution de la musique gnaoua au féminin. Fille du Maâlem Rachid Hamzaoui, elle a su s’imposer dans un univers où les femmes étaient longtemps absentes des rôles traditionnellement réservés aux maîtres gnaouas.
Avec son groupe Bnat Timbouktou, elle revisite l’héritage gnaoui en y apportant une sensibilité nouvelle. Sa maîtrise du guembri, instrument emblématique de la tradition gnaoua, ainsi que son engagement en faveur de la transmission de cet art aux jeunes générations de femmes, ont contribué à faire d’elle une référence incontournable de la scène gnaoua contemporaine.
Son parcours a ouvert la voie à de nombreuses musiciennes qui participent aujourd’hui à l’enrichissement et au rayonnement de cette tradition marocaine à travers le monde.
Une tradition en mouvement
Au-delà des performances artistiques, cette 26ᵉ édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde a illustré l’évolution d’un patrimoine vivant qui continue de s’adapter aux réalités contemporaines tout en restant fidèle à ses racines.
En donnant une visibilité accrue aux artistes féminines, le festival confirme son rôle de plateforme culturelle ouverte sur la diversité, le dialogue et l’innovation. Une dynamique qui témoigne de la vitalité du gnaoua et de sa capacité à rassembler les générations autour de valeurs de partage, de transmission et d’ouverture.
À Essaouira, les femmes n’ont pas seulement occupé la scène : elles ont contribué à écrire une nouvelle page de l’histoire du gnaoua, entre respect de la tradition et regard tourné vers l’avenir.
