
La question de Sebta et Melilla a récemment retrouvé une place dans le débat politique européen à la suite d’une intervention de la députée italienne Ilaria Salis au Parlement européen.
En évoquant les deux villes comme des « résidus du colonialisme » et en rappelant leur situation géographique sur le continent africain, la parlementaire italienne a ouvert une séquence qui dépasse le seul cadre espagnol et marocain.
Ces propos interviennent sur un dossier particulièrement sensible. Sebta et Melilla sont administrées par l’Espagne et intégrées à l’espace européen, tout en étant géographiquement situées en Afrique du Nord. Leur statut constitue depuis longtemps un point de divergence entre Madrid et Rabat et s’inscrit dans une histoire complexe de la Méditerranée occidentale.
Mais au-delà de la réaction immédiate suscitée par cette intervention, une autre question se pose : quelle place ce type de débat peut-il désormais occuper au niveau européen ?
C’est précisément sur cette évolution que revient Nunzia Cocozza, observatrice des dynamiques euro-méditerranéennes, dans une analyse consacrée aux nouvelles perspectives européennes autour du dossier de Sebta et Melilla.

Pour Nunzia Cocozza, « un tournant analytique »
Pour Nunzia Cocozza, l’intervention d’Ilaria Salis représente un « tournant analytique indéniable ».
Elle considère que le fait d’évoquer ouvertement le caractère colonial de l’histoire de Sebta et Melilla et de rappeler leur réalité géographique africaine permet de faire émerger, au sein du débat européen, une réflexion qui était jusqu’ici moins directement formulée.
Cocozza estime ainsi que cette séquence peut contribuer à faire évoluer la manière dont certaines questions historiques et territoriales sont abordées dans les institutions européennes.
Son analyse ne porte donc pas uniquement sur les propos de la députée italienne. Elle s’intéresse surtout à ce que cette prise de parole pourrait révéler d’une évolution plus large dans la réflexion européenne sur la Méditerranée.
La géographie et l’histoire au centre de son raisonnement
Dans son analyse, Nunzia Cocozza insiste sur la nécessité de prendre en considération la géographie dans toute réflexion consacrée à Sebta et Melilla.
Elle estime que le débat contemporain ne peut, selon elle, faire abstraction du fait que ces deux territoires se trouvent sur le continent africain.
Elle associe cette question géographique à une lecture historique. Cocozza rappelle que, selon l’historiographie qu’elle mobilise, Sebta et Melilla étaient liées, avant les implantations portugaise et espagnole, à des sultanats et à différentes entités politiques d’Afrique du Nord.
À partir de cette lecture, elle considère que la question de la légitimité territoriale ne peut être examinée uniquement à partir de la formation de l’État moderne. Elle met en avant la continuité historique et l’ancrage régional des territoires.
Il s’agit là d’un point essentiel de son analyse : pour Nunzia Cocozza, l’histoire et la géographie doivent rester des éléments centraux dans la compréhension du dossier de Sebta et Melilla.
Une analyse qui rejoint la question de l’intégrité territoriale du Maroc
C’est dans cette continuité que Nunzia Cocozza aborde la position du Royaume du Maroc.
Dans la dernière partie de son intervention, elle établit un lien direct entre les débats actuels à Bruxelles et la politique du Maroc sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Elle présente la politique du Royaume comme une position constante fondée sur la défense de l’intégrité territoriale et sur ce qu’elle décrit comme les droits souverains et légitimes du Maroc.
Pour Cocozza, les discussions qui émergent actuellement au niveau européen viennent, selon son analyse, donner une nouvelle dimension à une question que Rabat défend depuis longtemps.
Elle considère que la position marocaine ne doit pas être dissociée de la recherche d’une stabilité durable dans l’espace méditerranéen.

La vision de Nunzia Cocozza sur le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI
C’est également sur le rôle de Sa Majesté le Roi Mohammed VI que l’analyse de Nunzia Cocozza prend une dimension plus politique.
Elle souligne ce qu’elle considère comme la « clarté » et la « constance » de la politique du Royaume et rattache cette orientation au leadership du Souverain.
Dans son intervention, elle affirme que la position marocaine s’inscrit dans une vision plus large de la stabilité régionale et de la défense de l’intégrité territoriale.
Cocozza estime ainsi que la question de Sebta et Melilla ne doit pas être envisagée uniquement comme une problématique territoriale isolée. Elle l’inscrit dans un ensemble plus vaste de relations entre le Maroc, l’Europe et l’espace méditerranéen.
Elle considère également que la stabilité et la sécurité de la région passent par la prise en compte des revendications souveraines et légitimes telles qu’elles sont défendues par les États concernés.
« Un dialogue franc, juste et respectueux »
Dans la conclusion de son analyse, Nunzia Cocozza revient sur la nécessité du dialogue.
Elle estime que les évolutions du débat européen doivent pouvoir ouvrir la voie à une coopération régionale qu’elle souhaite fondée sur un dialogue « franc, juste et respectueux de la dignité nationale ».
Cette vision rejoint, dans son analyse, la place qu’elle accorde au leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans la défense de la position marocaine et dans la construction d’une relation plus équilibrée entre les deux rives de la Méditerranée.
Pour Cocozza, le débat autour de Sebta et Melilla ne doit donc pas être considéré uniquement sous l’angle de la confrontation territoriale. Il doit également être replacé dans la perspective plus large de l’avenir des relations euro-méditerranéennes.
Une nouvelle dimension européenne
L’un des enseignements que Nunzia Cocozza tire de cette séquence est finalement le déplacement du débat vers l’échelle européenne.
Pendant longtemps, la question de Sebta et Melilla a principalement été abordée dans le cadre des relations entre Madrid et Rabat. Le fait qu’elle soit désormais évoquée dans l’hémicycle européen lui donne une autre visibilité politique.
Pour Cocozza, cette évolution mérite d’être observée avec attention, car elle pourrait contribuer à faire émerger de nouvelles lectures historiques et politiques du dossier.
L’intervention d’Ilaria Salis ne modifie évidemment pas, à elle seule, le statut des deux villes. Mais elle constitue, selon l’analyse de Nunzia Cocozza, un signal révélateur d’un débat qui pourrait progressivement prendre davantage de place dans les discussions européennes.
Une question qui reste ouverte
À travers son analyse, Nunzia Cocozza met donc en avant trois dimensions qu’elle considère indissociables : la géographie africaine de Sebta et Melilla, leur histoire et les enjeux politiques contemporains qui entourent leur statut.
Elle inscrit également cette réflexion dans une perspective plus large, celle de la politique du Royaume du Maroc sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et de la recherche d’un équilibre durable dans l’espace euro-méditerranéen.
La séquence ouverte à Bruxelles reste désormais à suivre. Car au-delà de l’intervention d’une députée européenne, c’est la manière dont l’Europe regarde aujourd’hui son propre passé, ses frontières méridionales et ses relations avec l’Afrique du Nord qui se trouve, indirectement, au cœur de ce débat.
