
Intelligence artificielle, cybersécurité, engagement politique, place des femmes et compétences de la diaspora : une réflexion sur les défis de la transformation du Maroc.
Dans le cadre de sa Semaine de la diaspora, Le Journal Africain donne la parole à des femmes et des hommes dont les parcours éclairent les transformations économiques, technologiques et sociales qui façonnent aujourd’hui le Maroc et l’Afrique.
Notre invitée, Zainab Tamim Dari El Alaoui, incarne cette convergence entre engagement citoyen, expérience professionnelle et innovation technologique. Ingénieure en informatique de formation, elle a évolué dans des univers aussi différents que l’entreprise, l’action publique, le développement commercial, le management et les nouvelles technologies. De la transformation digitale à la data, de l’intelligence artificielle à la cybersécurité, son parcours témoigne des mutations qui redéfinissent les organisations et les économies.
Mais son itinéraire ne se résume pas à une succession de responsabilités professionnelles. Dès l’âge de 14 ans, à Casablanca, elle découvre l’engagement politique et citoyen, dans un environnement familial marqué par l’histoire politique marocaine. Après une expérience dans le secteur privé et au contact de programmes publics consacrés notamment à l’entrepreneuriat des jeunes, elle choisit de renouer avec la vie politique en rejoignant l’Union Constitutionnelle.
À la croisée de ces expériences, une question s’impose : comment mettre les compétences techniques, la connaissance du terrain et l’expérience de l’entreprise au service de l’action publique et du développement du Maroc ?
Dans cet entretien, Zainab Tamim Dari El Alaoui partage sa vision de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et de la souveraineté numérique. Elle aborde également les défis de la transformation digitale du Maroc, les inégalités d’accès aux nouvelles technologies, la place des femmes dans les secteurs technologiques et les espaces de décision, ainsi que le rôle que peuvent jouer les compétences de la diaspora dans le développement économique et scientifique du pays et du continent africain.
Son témoignage met en lumière une conviction centrale : la technologie ne prend tout son sens que lorsqu’elle répond à des besoins concrets, améliore la vie des citoyens et contribue au développement de la société.
Pour Le Journal Africain, cette rencontre dépasse ainsi le récit d’un parcours individuel. Elle ouvre une réflexion sur les liens entre engagement citoyen, innovation, responsabilité publique et transmission des compétences, à l’heure où le Maroc et l’Afrique sont confrontés à des choix déterminants pour leur avenir.
1. Parcours et identité
1. À 14 ans, vous faisiez déjà vos premiers pas dans l’engagement politique. Avec le recul, qu’est-ce qui avait réellement attiré l’adolescente que vous étiez vers la politique ?
Je crois que mon intérêt pour la politique est d’abord une histoire de famille. Mon grand-père a été engagé dans le Parti de l’Istiqlal puis dans l’Union nationale des forces populaires. Chez nous, la politique n’était pas seulement une affaire de partis : c’était une façon de parler du Maroc, de justice et de responsabilité. À 14 ans, à Aïn Chock, j’étais curieuse, parfois idéaliste, mais j’avais surtout envie de comprendre et d’agir. J’ai hérité de cette culture de l’engagement, pas d’une obligation de penser comme les générations précédentes. Mon grand-père m’a donné le goût de la politique ; la vie m’a appris à construire mes propres convictions.
2. Votre parcours passe par l’ingénierie informatique, l’entreprise, l’action publique, le développement commercial, la data, l’intelligence artificielle et aujourd’hui la cybersécurité. Quel est le fil conducteur qui relie toutes ces expériences ?
Le fil conducteur, c’est l’envie d’être utile et de comprendre comment les choses fonctionnent. L’informatique m’a appris la rigueur ; l’entreprise, le sens du résultat ; la politique, l’écoute et la responsabilité. La data, l’IA et la cybersécurité m’ont montré que la technologie ne vaut rien si elle ne répond pas à un besoin humain. Je n’ai jamais voulu choisir entre être une femme de terrain et une femme de réflexion. Pour moi, ces expériences se complètent.
3. Vous dites considérer votre parcours comme une trajectoire en construction plutôt que comme une succession de postes. Quelle expérience vous a le plus profondément transformée ?
Ce qui m’a le plus transformée, c’est la confrontation au terrain. On peut avoir les bonnes compétences, une bonne idée et beaucoup de travail derrière soi, sans être immédiatement écoutée. Je l’ai vécu, notamment dans des environnements où une femme doit parfois prouver davantage. Cela m’a appris à rester solide, mais aussi à ne pas devenir dure. Je veux garder mon exigence sans perdre ma sensibilité. C’est peut-être ma plus grande évolution.
4. Vous avez évolué entre des univers qui fonctionnent avec des logiques très différentes : politique, administration, entreprise et technologie. Qu’avez-vous appris de chacun de ces mondes que vous n’auriez pas appris dans les autres ?
La politique m’a appris que la confiance se construit lentement. L’administration m’a fait comprendre le poids des procédures et la nécessité de continuité. L’entreprise m’a appris à décider, à négocier et à assumer des résultats. La technologie, elle, m’a appris à vérifier avant d’affirmer. Ce que je retiens surtout, c’est qu’aucun de ces mondes ne détient seul la solution. Il faut savoir les faire dialoguer, et ne jamais confondre autorité et compétence.
2. Engagement politique et génération actuelle

5. Vous avez connu l’engagement politique à 14 ans. Aujourd’hui, comment percevez-vous le rapport des jeunes Marocains à la politique et aux partis ?
Je n’aime pas entendre que les jeunes Marocains ne s’intéressent pas à la politique. Quand ils parlent d’emploi, de pouvoir d’achat, d’éducation, de santé ou d’égalité des chances, ils parlent déjà de politique. Ce qui a changé, c’est leur rapport aux partis. Ils veulent des réponses concrètes, pas seulement des discours, et ils veulent être associés aux décisions, pas invités à applaudir.
Je comprends aussi leur méfiance. Quand on ne voit pas l’effet de sa participation, on finit par douter. À mes yeux, les partis doivent redevenir des écoles de débat, de formation et de responsabilité, ouvertes aux jeunes compétents, même lorsqu’ils posent des questions difficiles. Et l’éducation civique doit commencer bien avant les élections. J’ai eu la chance de découvrir cet univers à 14 ans ; j’aimerais que d’autres puissent s’y engager librement, sans naïveté et sans peur de donner leur avis.
6. Entre votre première expérience à l’USFP et votre engagement actuel au sein de l’Union Constitutionnelle, votre regard sur l’action politique a-t-il changé ?
J’ai grandi dans une famille de gauche. Mon grand-père a connu l’Istiqlal puis l’UNFP ; c’était ma première école politique. Mon passage par l’USFP s’inscrivait naturellement dans cette histoire. Mais grandir, c’est aussi apprendre à penser par soi-même. Mes expériences dans l’entreprise et les technologies ont renforcé ma sensibilité libérale : je crois à l’initiative, à l’entrepreneuriat et à la responsabilité individuelle.
L’UNFP s’inscrit historiquement dans une tradition de gauche, de revendications sociales et démocratiques ; l’Union Constitutionnelle se situe dans une tradition libérale, plus favorable à l’initiative privée. Je vois cette différence, et je l’assume. Cela ne veut pas dire que j’ai oublié la justice sociale. Au contraire : mon héritage m’a appris pourquoi elle compte, et mon parcours m’a amenée à réfléchir autrement aux moyens de la faire progresser.
7. Vous citez Abderrahman El Youssoufi et Ahmed Reda Chami comme deux figures qui ont marqué votre parcours. Qu’avez-vous retenu personnellement de leurs visions de l’action publique ?
Abderrahman El Youssoufi et Ahmed Reda Chami sont pour moi deux références, pour des raisons différentes. El Youssoufi, c’est d’abord une page de notre histoire politique : la constance dans l’engagement, le sens des institutions et l’alternance de 1998. Avec l’histoire de mon grand-père et de l’UNFP, son parcours me touche aussi personnellement. Il me rappelle que la politique exige du temps et parfois beaucoup de courage.
Chez Ahmed Reda Chami, ce qui m’inspire, c’est le passage entre le monde de l’entreprise, la gestion et les responsabilités publiques. Cela fait écho à mon propre parcours entre technologie et développement économique. L’un m’a appris, à travers son exemple, l’importance des convictions ; l’autre, celle de la compétence et de l’exécution. Je ne les confonds pas, mais j’apprends de ces deux approches.
8. Vous revenez vers la politique après avoir accumulé une expérience importante dans le secteur privé et dans les nouvelles technologies. Qu’est-ce qu’une professionnelle de l’entreprise peut apporter aujourd’hui au débat politique ?
L’entreprise vous apprend très vite qu’une bonne intention ne suffit pas. Il faut un plan, des moyens, des délais et des résultats. C’est une culture qui peut enrichir l’action publique. Bien sûr, un pays ne se gère pas comme une société : l’intérêt général passe avant la rentabilité. Mais je pense qu’on gagnerait à mieux évaluer les politiques, à écouter les professionnels de terrain et à expliquer clairement ce qui fonctionne ou non. C’est cette exigence que j’aimerais apporter au débat.
9. Peut-on encore faire de la politique aujourd’hui sans maîtriser les transformations technologiques, économiques et sociales qui traversent la société ?
On n’a pas besoin d’être ingénieur pour faire de la politique. En revanche, on ne peut plus ignorer l’impact de l’IA, de la cybersécurité ou de la transformation des métiers. Ces sujets touchent l’emploi, l’école, les services publics et même nos libertés. Le rôle d’un responsable politique n’est pas de tout savoir, mais de comprendre les enjeux, de poser les bonnes questions et de s’entourer des bonnes compétences. L’humilité intellectuelle est devenue indispensable.
3. Technologie, intelligence artificielle et Maroc
10. Vous êtes passée de l’informatique à la data, puis à l’intelligence artificielle et maintenant à la cybersécurité. Selon vous, quelle transformation technologique va avoir le plus grand impact sur le Maroc dans les prochaines années ?
Je miserais sur la rencontre entre les données, l’intelligence artificielle et la cybersécurité. L’IA peut aider à mieux décider, mais sans données fiables elle devient fragile ; et sans sécurité, la confiance disparaît. Au Maroc, le vrai défi n’est pas de suivre une mode technologique. C’est de développer nos propres compétences, de protéger nos systèmes et de rendre ces outils utiles aux entreprises comme aux citoyens. Une transformation réussie doit se voir dans la vie quotidienne.
11. L’intelligence artificielle est souvent présentée comme une révolution. Mais au-delà des discours, quels sont selon vous les secteurs marocains où l’IA peut produire des changements réellement mesurables ?
Je vois des applications concrètes dans la santé, l’agriculture, l’éducation, l’industrie et les services publics. On peut, par exemple, mieux anticiper certains besoins, optimiser l’utilisation de l’eau ou alléger des tâches administratives répétitives. Mais je me méfie des annonces spectaculaires. Avant de parler de révolution, demandons-nous : quel problème a-t-on résolu, pour qui, et avec quel résultat ? L’IA doit rester un outil au service des professionnels et des citoyens, pas une promesse abstraite.
12. Le Maroc veut renforcer sa position comme hub technologique et numérique en Afrique. Quelles sont, selon vous, les compétences qui manquent encore pour franchir une nouvelle étape ?
Nous avons des talents, mais il faut renforcer les compétences avancées en cybersécurité, cloud, ingénierie des données et IA. Il manque aussi parfois ce lien entre la technique et le marché : savoir développer une solution, la financer, la vendre et la faire évoluer. J’insisterais également sur les compétences humaines : communiquer, travailler en équipe, prendre des décisions. Enfin, l’université et l’entreprise doivent collaborer davantage. Un diplôme est un point de départ ; l’expérience et l’apprentissage continu font la différence.
13. L’IA peut également accentuer les inégalités entre ceux qui maîtrisent la technologie et ceux qui en sont éloignés. Comment éviter que la transformation numérique ne crée une nouvelle fracture sociale ?
C’est un risque réel. Si seuls les mieux formés et les mieux équipés profitent de l’IA, nous aurons créé une nouvelle inégalité. Il faut investir dans l’accès au numérique, la formation des enseignants, la reconversion professionnelle et des outils adaptés aux langues et aux réalités des citoyens. Je pense notamment aux jeunes qui n’ont pas les mêmes opportunités selon leur territoire. La technologie doit ouvrir des portes, pas ajouter un obstacle de plus.
14. Vous travaillez aujourd’hui dans la cybersécurité. À mesure que les entreprises, les administrations et les citoyens se digitalisent, la cybersécurité devient-elle selon vous une question économique, une question de souveraineté ou les deux ?
Les deux, clairement. Une cyberattaque peut bloquer une entreprise, exposer des données ou interrompre un service essentiel : c’est un risque économique. Quand il s’agit d’infrastructures et de données stratégiques, c’est aussi une question de souveraineté. Ce métier m’a appris que la cybersécurité n’est pas seulement l’affaire des experts. Elle exige de la pédagogie, des investissements et une culture de prévention. Et, en tant que femme dans ce domaine, je tiens à montrer que l’expertise ne se mesure ni au genre ni aux apparences.
4. Maroc, Afrique et diaspora
15. Votre parcours s’inscrit dans un contexte marocain, mais votre activité professionnelle évolue dans un environnement technologique et économique qui dépasse les frontières. Quelle place la diaspora peut-elle jouer dans la transformation numérique du Maroc et de l’Afrique ?
La diaspora peut être un formidable pont de compétences. Je pense aux chercheurs, ingénieurs, entrepreneurs et cadres marocains qui connaissent d’autres écosystèmes et peuvent partager leurs expériences. Leur contribution ne passe pas forcément par un retour définitif : on peut accompagner une startup, ouvrir un réseau, participer à un projet de recherche à distance. L’essentiel est de créer des collaborations durables, pas seulement de célébrer les réussites individuelles.
16. On parle beaucoup de la diaspora comme source de transferts financiers. Ne devrait-on pas davantage parler de la diaspora comme source de compétences, d’expertise, de réseaux et d’investissement ?
Oui, absolument. Les transferts financiers sont importants, mais réduire la diaspora à cela serait passer à côté de son potentiel. Elle apporte des idées, des méthodes de travail, des relations et une connaissance des marchés internationaux. Pour moi, un mentor qui aide une jeune entreprise à franchir une étape peut avoir un impact aussi structurant qu’un financement. Nous devons apprendre à mieux reconnaître et organiser cette richesse immatérielle.
17. Comment créer des passerelles plus efficaces entre les compétences marocaines installées à l’étranger et les entreprises, institutions et jeunes entrepreneurs au Maroc ?
Je commencerais par des dispositifs très concrets : du mentorat, des projets communs entre universités et entreprises, des rencontres sectorielles et des missions d’expertise ciblées. Il faut aussi faciliter les échanges à distance. Souvent, ce n’est pas l’envie de contribuer qui manque, mais le bon interlocuteur ou un cadre clair. Si nous voulons mobiliser ces compétences, donnons-leur des projets précis et des résultats à construire ensemble.
18. À votre avis, le Maroc peut-il utiliser sa diaspora comme un véritable réseau international d’influence économique, scientifique et technologique ?
Oui, c’est une possibilité intéressante. La diaspora marocaine est présente dans des milieux scientifiques, économiques et technologiques variés. Elle peut faciliter des partenariats et mieux faire connaître nos compétences. Mais un réseau d’influence ne se construit pas avec des slogans. Il faut de la confiance, des relations suivies et une vraie réciprocité. Je crois davantage aux collaborations concrètes qu’aux grandes déclarations.
5. Femmes, leadership et responsabilité
19. Votre parcours traverse plusieurs secteurs dans lesquels les femmes restent encore sous-représentées, notamment la technologie, la cybersécurité et certains espaces de décision. Quels obstacles avez-vous personnellement rencontrés ?
J’ai rencontré des résistances, parfois très subtiles, dans des milieux professionnels et politiques où l’on n’attend pas toujours qu’une femme prenne la parole avec assurance. Il arrive que votre idée soit discutée moins pour son contenu que parce que c’est vous qui la portez. C’est éprouvant, surtout quand on a travaillé sérieusement. Mais ces expériences m’ont appris à documenter mon travail, à garder mon calme et à ne pas laisser le jugement des autres définir ma valeur. Je refuse de faire de ces obstacles toute mon identité.
20. Au-delà de la question de la représentation, qu’est-ce qui permet réellement à une femme de prendre des responsabilités et de les conserver dans le monde professionnel et public ?
D’abord, il faut des compétences et la possibilité de les exercer réellement. Ensuite, des règles justes : accès aux responsabilités, reconnaissance du travail, évaluation transparente. On demande souvent aux femmes d’être fortes, et c’est vrai qu’il faut du caractère. Mais la force individuelle ne doit pas servir d’excuse aux organisations pour ne pas changer. Une femme ne devrait pas avoir à prouver deux fois plus pour obtenir la même confiance.
21. Le Maroc connaît aujourd’hui une nouvelle génération de femmes qui souhaitent être présentes simultanément dans l’entreprise, la technologie, la société civile et la politique. Comment analysez-vous cette évolution ?
Je pense que les femmes marocaines ont beaucoup évolué, mais certains regards sur leur place dans la société n’ont malheureusement pas évolué au même rythme.
Personnellement, que ce soit dans le monde professionnel ou en politique, j’ai été confrontée à des hommes qui semblaient davantage dérangés par mes compétences que préoccupés par leurs propres résultats. Parfois, une femme qui maîtrise son domaine et assume ses ambitions peut susciter des résistances.
J’ai appris que la compétence ne protège pas toujours des attaques, mais qu’elle reste notre meilleure réponse. Je n’ai jamais voulu diminuer mes ambitions pour rassurer ceux que ma présence pouvait déranger.
Aujourd’hui, je crois profondément que les femmes n’ont pas besoin qu’on leur accorde une place par faveur. Elles ont besoin qu’on reconnaisse leur travail, leur intelligence et leur capacité à exercer des responsabilités.Et surtout, je refuse qu’une femme soit obligée de devenir moins brillante pour être mieux acceptée.
6. Une dimension plus personnelle
22. Si vous pouviez rencontrer aujourd’hui la jeune fille de 14 ans qui faisait ses premiers pas dans l’engagement politique à Aïn Chock, quel conseil lui donneriez-vous ?
Je lui dirais d’abord : garde ton amour du Maroc comme boussole. Pour moi, l’attachement à la nation, à nos institutions et au Roi, ainsi que le respect de l’intérêt général, doivent passer avant les intérêts personnels. Je lui dirais aussi de ne pas accorder sa confiance trop vite en politique. Écoute, observe, vérifie les actes et apprends à distinguer les convictions sincères des ambitions de circonstance.
Et surtout, ne laisse pas les déceptions t’enlever ton optimisme. Tu rencontreras des obstacles, des injustices et des personnes qui sous-estimeront tes capacités. Cela fait mal, parfois. Mais tu peux traverser ces moments sans renoncer à ce que tu es. À 14 ans, je ne savais pas tout ce qui m’attendait ; aujourd’hui, je lui dirais simplement : avance avec lucidité, courage et confiance en ton travail.
23. Vous dites regarder davantage vers l’avenir que vers le chemin parcouru. Quelle est aujourd’hui la transformation que vous aimeriez personnellement contribuer à réaliser au Maroc ?
J’aimerais contribuer à rapprocher la technologie, l’économie et l’action publique. Le Maroc dispose de talents extraordinaires ; je voudrais voir davantage de jeunes, notamment de jeunes femmes, accéder aux métiers d’avenir et aux responsabilités. La cybersécurité et l’IA ne doivent pas rester des sujets réservés à quelques spécialistes. Si mon parcours peut aider à créer des passerelles, à transmettre une expérience ou à ouvrir une porte, ce sera déjà une contribution dont je serai fière.
24. Et finalement, si vous deviez résumer votre parcours en trois mots — au-delà des fonctions et des titres — lesquels choisiriez-vous et pourquoi ?
Je choisirais engagement, évolution et persévérance. L’engagement, parce qu’il fait partie de mon histoire familiale et de ma manière de voir la citoyenneté. L’évolution, parce que je n’ai jamais voulu rester enfermée dans un seul métier ou une seule idée. Et la persévérance, parce qu’on ne traverse pas la politique et certains environnements professionnels sans rencontrer des obstacles. Je n’ai pas toujours eu un chemin facile, mais j’ai appris à continuer.
25. « Pour vous, qu’est-ce que signifie aujourd’hui être Marocaine, professionnelle, citoyenne et actrice de la transformation, dans un monde où les frontières entre le Maroc, l’Afrique et le reste du monde deviennent de plus en plus connectées ? »
Être Marocaine, pour moi, c’est avoir des racines et une responsabilité. Être professionnelle, c’est chercher à progresser sans renoncer à ses valeurs. Être citoyenne, c’est refuser l’indifférence. Et être actrice de la transformation, c’est essayer de relier tout cela : la compétence, l’engagement et le service des autres. Je crois qu’on peut être profondément attachée à son pays et ouverte sur l’Afrique et le monde. Ce que j’espère, c’est laisser derrière moi des projets utiles et, peut-être, donner à d’autres femmes l’envie d’oser.

