
La polémique née à l’occasion d’une rencontre consacrée à la jeunesse musulmane à Bilbao remet sur la table la question de l’instrumentalisation politique du conflit du Sahara occidental et de l’utilisation du discours victimaire comme moyen de confrontation.
La journée intitulée « Jeunesse basque musulmane : identité, diversité et égalité », organisée à Bilbao le 20 octobre, devait constituer un espace d’échange autour de l’identité, de la diversité, de l’égalité et de la cohabitation entre les jeunes musulmans du Pays basque.
Pourtant, la controverse qui a suivi a fini par détourner l’attention de l’objectif initial de cette initiative.
Pourquoi fallait-il introduire le conflit du Sahara occidental dans une rencontre de cette nature ?
Les espaces politiques consacrés aux questions territoriales ne sont-ils pas suffisamment nombreux pour éviter de détourner des initiatives communautaires de leur vocation première ?
La polémique a pris une autre dimension après la diffusion d’une dénonciation faisant état d’une agression présumée contre un jeune Sahraoui. Les accusations sont graves et doivent faire l’objet d’une enquête. Les témoignages, les circonstances et les photographies diffusées en lien avec les faits doivent également être vérifiés. À une époque où l’intelligence artificielle permet de créer et de manipuler des images, leur origine et leur authenticité doivent être établies avant de les considérer comme des éléments de preuve.
La succession de déclarations et de messages diffusés sur les réseaux sociaux soulève une autre interrogation : cherche-t-on réellement à établir les faits ou à exploiter cet épisode pour alimenter un discours de persécution et de victimisation ?
Passer d’une plainte individuelle à des accusations collectives contre les Marocains ne constitue pas une manière responsable de rechercher la justice.
Après plus d’un demi-siècle de conflit autour du Sahara occidental, il est légitime de s’interroger sur la persistance de certains acteurs politiques à recourir aux mêmes discours de victimisation, de confrontation et de dramatisation. Répéter les scénarios d’affrontement et présenter chaque polémique comme une nouvelle preuve de persécution ne contribue ni à apporter des solutions ni à favoriser le dialogue.
Une stratégie fondée sur la répétition de récits et d’accusations perd de sa crédibilité lorsqu’elle ne s’accompagne pas de preuves vérifiables.
Le débat doit désormais se tourner vers l’avenir et tenir compte de la nouvelle réalité diplomatique. La résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies inscrit la proposition marocaine d’autonomie dans le cadre des négociations, avec pour objectif de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable. C’est autour de cette proposition, de ses garanties et de ses modalités de mise en œuvre que le débat doit désormais s’organiser. Il est temps de dépasser les discours stériles et de poser une question essentielle : comment construire une coexistence et un avenir politique à partir de cette nouvelle réalité ?
Une autre question mérite également d’être posée : quelle est la position des représentants marocains et maghrébins qui participent à ces espaces institutionnels ? Pourquoi ne défendent-ils pas avec davantage de fermeté la vocation initiale de ces initiatives communautaires ? Leur rôle consiste-t-il uniquement à occuper une place au sein de ces rencontres ou également à préserver leur esprit de coexistence et de respect ?
De son côté, la Commission consultative ADOS doit expliquer les mécanismes qu’elle met en place pour garantir que ses activités ne deviennent pas des plateformes de controverses politiques étrangères à leurs objectifs.
Si une agression a eu lieu, elle doit faire l’objet d’une enquête jusqu’à ce que toute la lumière soit faite. Si des images ont été manipulées ou générées par intelligence artificielle, cela doit être démontré au moyen d’éléments techniques vérifiables.
Et si une initiative consacrée à la coexistence a été utilisée pour la transformer en scène de confrontation politique, les responsabilités doivent également être établies.
La jeunesse musulmane du Pays basque mérite de véritables espaces de dialogue, et non des scènes de provocation, de victimisation et de propagande. Car faire du bruit ne signifie pas avoir raison, et construire un récit de victimisation ne dispense personne de l’obligation d’établir les faits.
